awesome logo

THE JUMP
The Beginning of the End

À l'origine, cet album ne devait jamais s'appeler The Beginning of the End. À l'automne 1978, The Jump entre en studio avec l'idée d'enregistrer un troisième disque intitulé The New Beginning. Après le succès de The Next Jump, le groupe pense avoir trouvé un nouvel équilibre. Le mouvement Mod connaît un regain d'intérêt, une nouvelle génération découvre les scooters italiens, les costumes ajustés et les vieux disques de soul qui avaient accompagné leurs débuts. Tout semble annoncer un nouveau départ.

Mais l'Angleterre de 1978 n'est déjà plus celle de 1971. Les rues sont plus dures. Les usines ferment les unes après les autres. Le chômage frappe une génération entière de jeunes Britanniques. Dans les pubs et les salles de concert, le punk bouscule toutes les règles établies tandis qu'une nouvelle scène Oi! commence à émerger dans les quartiers ouvriers. La violence gagne les rues, les bandes se multiplient et les idéaux qui avaient façonné la culture Mod semblent peu à peu disparaître derrière des affrontements qui ne ressemblent plus à ceux de leurs débuts.

The Jump observe cette évolution avec un mélange de fascination et d'inquiétude. Le groupe comprend rapidement qu'il ne peut plus écrire les mêmes chansons. Les textes de The New Beginning, encore portés par une forme d'optimisme, paraissent soudain appartenir à une autre époque. Les séances d'enregistrement s'interrompent. Plusieurs morceaux sont abandonnés, d'autres entièrement réécrits. Pendant près de deux ans, le projet reste dans les cartons tandis que chacun retourne sur les routes, jouant dans les clubs où le public change à vue d'œil.

Lorsqu'ils reviennent finalement à l'Aqueduc Sound Studio, au cours de l'hiver 1980, une évidence s'impose : ce disque ne peut plus parler d'un nouveau départ. Il sera celui de la fin d'un monde. The Beginning of the End.

Musicalement, l'album marque la rupture la plus importante de la carrière de The Jump. Les influences soul et rhythm & blues sont toujours présentes, mais elles s'effacent derrière des guitares plus rugueuses, une section rythmique martiale et des refrains scandés qui empruntent autant à la Oi! naissante qu'au pub rock britannique. Les chansons sont plus courtes, plus directes, parfois presque brutales. Pourtant, derrière cette énergie nouvelle, le groupe reste fidèle à ce qui l'a toujours défini : raconter la vie de la jeunesse ouvrière anglaise sans jamais céder aux effets de mode.

Les textes comptent parmi les plus engagés que The Jump ait jamais écrits. Ils dénoncent une Angleterre qui abandonne sa jeunesse, les divisions qui s'installent entre les différentes cultures urbaines et la violence gratuite qui remplace peu à peu le sentiment d'appartenance qui animait autrefois les Mods. Le groupe ne s'en prend pas à une génération en particulier, mais à une époque qui pousse chacun à choisir un uniforme plutôt qu'une identité.

Pour beaucoup, l'album est déroutant. Certains anciens fans regrettent les mélodies lumineuses de Brighton's Weekender. D'autres reprochent au groupe d'avoir durci son son. À l'inverse, une partie du public punk et Oi! découvre The Jump sans vraiment comprendre d'où viennent ces quatre Londoniens en costumes qui chantent avec la rage des nouveaux groupes tout en refusant leurs codes.

C'est précisément cette ambiguïté qui fera la réputation de l'album. Ni véritable disque Mod. Ni véritable album punk. Ni véritable disque Oi!. Simplement un disque de The Jump. Avec le temps, *The Beginning of the End* acquiert une réputation presque mythique. Longtemps considéré comme l'œuvre la plus controversée du groupe, il est aujourd'hui vu comme le témoignage d'une génération prise entre deux mondes : celui des années soixante qui disparaît définitivement, et celui des années quatre-vingt qui commence à s'imposer.

Si Brighton's Weekender racontait l'innocence de la jeunesse, et *The Next Jump* son entrée dans l'âge adulte, The Beginning of the End est le récit d'hommes qui refusent d'oublier d'où ils viennent. Les Lambretta roulent encore. Les costumes sont toujours impeccablement coupés. Mais cette fois, ils ne symbolisent plus une mode. Ils sont devenus une forme de résistance.

Remerciements

The Jump tient à remercier tous ceux qui sont encore là. Les amis qui nous suivent depuis les premiers concerts dans les sous-sols de l'ouest de Londres. Ceux qui étaient déjà présents lorsque nous chargions nous-mêmes les amplis dans les camionnettes, lorsque les Lambretta tombaient en panne au milieu de nulle part et que quelques pintes suffisaient à refaire le monde jusqu'au lever du jour.

Merci à Immortal Records d'avoir continué à croire en ce groupe, même lorsque notre musique ne ressemblait plus vraiment à ce que les maisons de disques attendaient. Merci à toute l'équipe de l'Aqueduc Sound Studio, aux ingénieurs du son, aux techniciens, aux photographes, aux chauffeurs et à tous ceux qui ont donné vie à cet album avec la même passion que le premier.

Merci aux propriétaires des pubs, des clubs et des salles de concert qui ont refusé de laisser leurs lumières s'éteindre. Merci aux scènes de Soho, Shepherd's Bush, Hammersmith, Camden, Brighton, Manchester, Birmingham, Liverpool et de toutes ces villes où nous avons trouvé un public qui comprenait encore ce que signifiait monter sur scène pour jouer avec honnêteté.

Merci aux DJ qui n'ont jamais cessé de faire tourner les vieux 45 tours de soul, de rhythm & blues, de ska et de rock britannique, même lorsque tout semblait aller plus vite, plus fort et plus loin.

Merci aux Mods de la première heure, à ceux du revival, à ceux qui roulent encore aujourd'hui, et même à ceux qui ont rangé leur parka depuis longtemps sans jamais oublier ce qu'elle représentait.

Merci à tous ceux qui nous suivent depuis Brighton's Weekender. Vous nous avez vus grandir, douter, changer, tomber parfois, mais vous ne nous avez jamais demandé de devenir quelqu'un d'autre. Et surtout... Merci à Londres.

À ses rues où tout a commencé. Aux vitrines de Carnaby Street, aux cafés de Soho, aux arches de Hammersmith, aux nuits de Shepherd's Bush, aux quais du métro où tant de chansons sont nées. Merci à Brighton, qui nous a appris ce qu'était la liberté, et à toutes les routes qui nous y ont conduits.

Les modes passent.

Les uniformes changent. Les générations se succèdent.

Mais le style, l'intégrité et la musique ne meurent jamais. Keep the faith. See you somewhere down the road.