
THE BIGMOUTH
Road Trip Through the Outlaw States
Il existe une photographie prise à l'été 1985, quelque part sur une route poussiéreuse à la sortie de Burbank, en Californie. On y voit un homme assis sur une vieille Harley-Davidson, les bras croisés, les cheveux noirs tombant jusqu'aux épaules. Derrière lui, une station-service abandonnée et les collines desséchées de la vallée de San Fernando. Personne ne connaissait encore son nom. Quelques années plus tard, cette image deviendrait presque prophétique.
Carlos Ortega grandit à Burbank, loin des cartes postales d'Hollywood. Pendant que les studios de cinéma fabriquent des héros, lui découvre ceux de Motörhead, Black Sabbath, AC/DC et des vieux groupes de biker rock qui tournent dans les bars de la vallée. Son terrain de jeu, ce sont les garages, les ateliers de mécanique, les casses automobiles et les routes qui traversent le désert vers le Nevada et l'Arizona.
Il apprend très tôt que les groupes vont et viennent, que les amitiés changent et que les meilleures chansons survivent toujours à ceux qui les jouent.
C'est cette idée qui donnera naissance à The Bigmouth. Plus qu'un groupe, The Bigmouth devient rapidement un projet construit autour de Carlos Ortega. Il écrit les morceaux, définit la direction artistique et s'entoure, selon les albums et les tournées, de musiciens venus de différents horizons. Certains restent plusieurs années, d'autres n'apparaissent que le temps d'une session d'enregistrement ou d'une série de concerts. Le cœur du projet, lui, ne change jamais.
À la fin des années 1980, The Bigmouth se forge une réputation solide sur les scènes de Los Angeles, San Diego, Phoenix et Las Vegas. Les clubs sentent la bière, l'essence et la fumée de cigarette. Les concerts sont bruyants, imprévisibles, parfois chaotiques. Carlos préfère les amplis poussés à fond aux artifices de studio et considère qu'une chanson doit pouvoir être jouée aussi fort dans un garage que devant plusieurs milliers de personnes.
L'idée de *Road Trip Through the Outlaw States* naît au printemps 1991.
Après plusieurs semaines de concerts dans le sud-ouest américain, Carlos décide de rentrer en Californie par les routes secondaires plutôt que par les autoroutes. Pendant près de deux semaines, il traverse l'Arizona, le Nouveau-Mexique, le Nevada et l'Utah, dormant dans des motels fatigués, des stations-service ouvertes toute la nuit ou directement sous les étoiles lorsque la route devient trop longue.
Chaque étape nourrit un carnet rempli de paroles, de croquis et de souvenirs.
Les longues lignes droites du désert, les vieilles stations abandonnées, les villes fantômes, les bikers croisés au hasard, les camionneurs, les bars perdus au milieu de nulle part et les légendes de hors-la-loi donnent peu à peu une identité à l'album.
Ce ne sera pas un disque sur le Far West.
Ce sera un disque sur l'Amérique qui lui a succédé.
Enregistré au début de l'année 1992, *Road Trip Through the Outlaw States* est probablement l'album le plus direct de The Bigmouth. Les guitares sont plus épaisses, la basse plus agressive, la batterie volontairement sèche et la voix de Carlos n'a jamais sonné aussi rugueuse. Peu d'effets, peu de retouches : l'énergie prime sur la perfection.
L'album raconte un voyage sans véritable destination. Chaque chanson est une étape : une route désertique, un motel éclairé au néon, une bagarre dans un bar, un moteur qui refuse de démarrer, une frontière franchie au lever du soleil ou une ville oubliée où personne ne semble vouloir rester.
À sa sortie en 1992, *Road Trip Through the Outlaw States* est salué pour son authenticité. Alors que le hard rock évolue rapidement et que le grunge commence à redessiner le paysage musical américain, The Bigmouth choisit de rester fidèle à son identité : des riffs massifs, une basse omniprésente et des chansons qui parlent de liberté, de kilomètres avalés et d'hommes imparfaits.
Avec le temps, l'album devient l'œuvre qui définit le mieux Carlos Ortega. Non pas parce qu'il est le plus ambitieux, mais parce qu'il capture exactement ce qu'est The Bigmouth : une route, un moteur, beaucoup de bruit et un homme qui refuse obstinément de ralentir.
Remerciements
Carlos Ortega tient à remercier tous les musiciens qui ont participé à cette aventure. Certains n'ont joué qu'une seule chanson, d'autres ont partagé la scène pendant plusieurs années, mais chacun a laissé son empreinte sur The Bigmouth.
Merci à Bigmouth Records pour avoir laissé ce disque être exactement ce qu'il devait être brut, bruyant et sans compromis.
Notre gratitude va également à toute l'équipe du studio, aux ingénieurs du son, aux techniciens, aux roadies, aux chauffeurs et à tous ceux qui passent leur vie derrière les amplis plutôt que sous les projecteurs.
Merci aux propriétaires de bars, aux motels qui ne posaient pas trop de questions, aux mécaniciens qui ont remis les motos sur la route, aux camionneurs rencontrés à trois heures du matin, aux serveuses qui remplissaient les tasses de café et à tous ceux qui nous ont raconté une histoire quelque part entre la Californie et le Texas.
Et surtout...
Merci aux routes.
À l'asphalte brûlant du désert, aux lignes blanches qui disparaissent à l'horizon, aux pompes à essence perdues au milieu de nulle part, aux orages du Nouveau-Mexique, aux montagnes de l'Arizona, aux nuits du Nevada et aux derniers kilomètres avant de rentrer à la maison.
Parce que parfois, le voyage est la seule destination qui compte.