
THE JUMP
The Next Jump
Cinq années se sont écoulées depuis Brighton's Weekender. Cinq années pendant lesquelles l'Angleterre a changé plus vite que personne ne l'aurait imaginé.
Les longues files de Lambretta descendant vers Brighton existent toujours, mais elles sont moins nombreuses. Les cafés où résonnaient les derniers disques de soul ferment les uns après les autres. Les costumes italiens sont toujours impeccablement repassés, mais ils côtoient désormais les blousons de cuir, les bottes de travail et une jeunesse plus en colère que celle qui avait vu naître les Mods au début des années soixante.
The Jump, lui, n'a jamais disparu.
Après le succès d'estime de Brighton's Weekender, le groupe continue de parcourir les clubs britanniques. De Londres à Manchester, de Birmingham à Brighton, les salles sont plus grandes, le public plus nombreux et l'ambiance beaucoup plus électrique. Les concerts deviennent plus physiques. Les tensions entre bandes sont désormais monnaie courante et il n'est plus rare qu'une soirée se termine dehors plutôt que sur scène.
Pourtant, The Jump refuse de choisir son camp. Les quatre musiciens restent fidèles à la culture qui les a vus grandir. Toujours les mêmes costumes ajustés. Les mêmes Lambretta entretenues avec soin. Les mêmes disques de soul américaine et de rhythm & blues qui tournent avant chaque concert. Mais autour d'eux, l'Angleterre est entrée dans une nouvelle époque.
Car pour toute une génération de Mods, Brighton est bien plus qu'une simple station balnéaire. Chaque La crise économique frappe les quartiers populaires de Londres. Les usines ferment, le chômage gagne du terrain et l'avenir semble beaucoup moins évident qu'au début de la décennie. Une nouvelle jeunesse apparaît dans les rues. Plus dure. Plus impatiente. Les premiers punks commencent à faire parler d'eux pendant que la culture skinhead poursuit sa propre évolution. Les affrontements entre bandes deviennent plus fréquents et les nuits du samedi n'ont plus tout à fait le parfum d'insouciance des années précédentes.
C'est dans ce contexte que naît *The Next Jump*.
Le titre de l'album résume parfaitement l'état d'esprit du groupe. Il ne s'agit pas d'un retour vers le passé, mais d'un nouveau départ. Le prochain saut. La prochaine étape. The Jump regarde devant lui sans jamais renier ses origines.
Enregistré au début de l'année 1976 à l'Aqueduc Sound Studio, à Paris, le disque conserve tout ce qui faisait la force du premier album : des chansons courtes, des refrains immédiats et des guitares tranchantes. Mais le son s'est épaissi. Les rythmiques sont plus sèches, la basse plus présente et les textes abandonnent peu à peu les romances adolescentes pour parler de loyauté, d'identité, de travail, de violence urbaine et d'une jeunesse qui refuse de laisser son époque décider à sa place.
Les Lambretta sont toujours là. Brighton aussi. Mais ils ne représentent plus une échappatoire. Ils deviennent des symboles. Les derniers témoins d'une culture qui tente de préserver son élégance dans une Angleterre de plus en plus rude.
Chaque morceau de *The Next Jump* ressemble à une nuit passée dans les rues de l'ouest londonien. Les néons des pubs remplacent le soleil du front de mer. Les scooters stationnent devant les clubs plutôt que sur la promenade de Brighton. Les regards sont plus méfiants, les discussions plus politiques, les bagarres plus nombreuses. Pourtant, au milieu de cette tension permanente, la musique conserve la même énergie que lors des premiers concerts du groupe.
À sa sortie en 1976, l'album surprend autant qu'il séduit. Certains critiques regrettent la légèreté de *Brighton's Weekender*. D'autres y voient au contraire un disque plus mature, plus sincère, capable de raconter une Angleterre que peu de groupes osent encore décrire. Beaucoup remarquent également que The Jump revient à une musique directe et nerveuse alors que le rock progressif domine toujours les grandes scènes britanniques.
Avec le recul, *The Next Jump* apparaît comme un disque étonnamment précurseur. Deux ans avant l'explosion du Mod Revival, il retrouve l'urgence des débuts tout en annonçant l'énergie qui fera bientôt le succès de groupes comme The Jam. Sans le savoir, The Jump avait déjà commencé à écrire le chapitre suivant.
Si *Brighton's Weekender* racontait l'illusion d'une jeunesse persuadée que les week-ends dureraient toujours, *The Next Jump* raconte ce qui arrive lorsque cette jeunesse devient adulte.
Les scooters roulent toujours.
Les costumes sont toujours impeccables.
Mais désormais, personne ne rentre chez lui tout à fait de la même façon.
Remerciements
The Jump tient à remercier tous ceux qui nous ont accompagnés depuis les premiers kilomètres. Les amis qui étaient là bien avant les affiches, les concerts complets et les séances de studio. Ceux qui ont porté les amplis, prêté une guitare, réparé une Lambretta sous la pluie, partagé une chambre d'hôtel ou attendu jusqu'au petit matin devant un pub fermé.
Merci à Immortal Records d'avoir compris que notre musique n'avait pas besoin de suivre les tendances pour trouver son chemin. Merci à toute l'équipe de l'Aqueduc Sound Studio, aux ingénieurs du son, aux techniciens, aux photographes, aux chauffeurs et à tous ceux qui rendent les concerts possibles sans jamais apparaître sur les pochettes des disques.
Merci aux propriétaires des pubs et des clubs qui ont continué à nous ouvrir leurs portes lorsque les temps devenaient plus difficiles. Merci aux salles de Soho, Shepherd's Bush, Hammersmith, Camden, Brighton, Manchester, Birmingham et Liverpool qui ont fait résonner nos chansons. Merci aux DJ qui n'ont jamais cessé de faire tourner les vieux 45 tours de soul, de rhythm & blues et de ska lorsque tout le monde semblait vouloir passer à autre chose.
Merci également à tous ceux qui nous suivent depuis Brighton's Weekender. Vous avez grandi avec nous. Les rues ont changé. Les visages aussi. Mais votre fidélité n'a jamais faibli.
Et surtout...
Merci à Londres.