
Los Degenerados
El Último Verano
Fondé en 1985 entre Madrid et Valence, Los Degenerados apparaît à une période où l'Espagne vit les derniers soubresauts d'une révolution culturelle entamée une décennie plus tôt. La Movida Madrileña a profondément transformé le pays, ouvrant la voie à une génération de jeunes artistes, musiciens et noctambules décidés à rompre avec les conventions du passé.
Le nom du groupe est choisi comme une provocation. Régulièrement décrits comme des « degenerados » par certains médias et représentants des générations précédentes, les membres du groupe décident de se réapproprier ce qualificatif et d'en faire un symbole de liberté. Pour eux, être dégénéré signifie avant tout refuser les modèles imposés et revendiquer le droit d'inventer sa propre identité.
Mêlant rock, new wave, post-punk et influences électroniques, Los Degenerados développe rapidement une esthétique singulière où se rencontrent mélancolie, romantisme urbain et fascination pour les nuits espagnoles. Leurs chansons racontent les autoroutes qui relient Madrid à Valence, les amitiés nées au petit matin, les amours éphémères et les illusions d'une jeunesse persuadée que l'été ne prendra jamais fin.
Publié en 1993, El Último Verano constitue le dernier album studio du groupe et demeure aujourd'hui leur œuvre la plus emblématique.
Enregistré alors que l'esprit des années 1980 s'efface progressivement et que les dernières heures de la culture nocturne espagnole semblent approcher, le disque prend rapidement une dimension presque générationnelle.
À travers ses textes empreints de nostalgie, l'album évoque la fin d'une époque. Les fêtes se terminent, les villes changent, les rêves se transforment, mais les souvenirs demeurent. Chaque morceau apparaît comme une photographie légèrement décolorée d'une Espagne en pleine mutation.
La pochette de l'album participe pleinement à cette démarche artistique. Inspirée des expérimentations cubistes de Pablo Picasso, elle présente une vision fragmentée et volontairement déformée de la réalité. Ce choix n'est pas anodin. En faisant référence aux mouvements artistiques autrefois qualifiés d'« art dégénéré » par les régimes autoritaires du XXe siècle, Los Degenerados revendique une filiation avec tous ceux qui ont choisi la création, l'imagination et la liberté face au conformisme.
Porté par des guitares atmosphériques, des claviers mélancoliques et une production à la fois moderne et élégante, El Último Verano apparaît comme le témoignage d'une génération arrivée à l'aube de l'âge adulte. Plus qu'un simple album, il constitue l'adieu d'un monde qui disparaît lentement derrière les lumières du petit matin.
Plus de trente ans après sa sortie, El Último Verano demeure l'un des albums les plus singuliers de la scène alternative espagnole. Souvent considéré comme le chant du cygne d'une certaine idée de la liberté née après la transition démocratique, il continue d'incarner la mémoire d'un été qui semblait ne jamais devoir se terminer.
Remerciements
Los Degenerados tient à remercier chaleureusement Immortal Records pour sa confiance et son soutien tout au long de cette aventure.
Le groupe adresse également ses remerciements aux équipes d'Aqueduc Studio, aux ingénieurs du son, aux techniciens, aux photographes, aux artistes et à tous ceux qui ont contribué à donner vie à cet album.
Une pensée particulière est dédiée à tous ceux qui ont partagé les routes, les nuits, les concerts, les bars et les derniers étés de cette génération.
À ceux qui furent appelés dégénérés simplement parce qu'ils rêvaient d'un monde différent.
El último verano nunca volverá.